Valentin Martre travaille le plus souvent au sol. Cette position n’a pas aucun rapport avec l’idée d’utiliser le minimum de choses pour travailler. Je considère qu’il réalise un ensemble d’actions sauvagement, comme le démontage d’objets, les préparations de ces mélanges (résine, plâtre, béton) en prenant soin d’éviter toute virtuosité qui ne lui serait pas propre. Son approche du travail en atelier est expérimentale et il apprend au rythme des expérimentations, loin des prouesses de l’ingénieur, un métier qu’il respecte énormément. Il utilise très souvent des matériaux issus des déchets industriels ou de la construction (limailles, écrans cassés, marbre cassé, polystyrène, terre, béton, latex, époxy, polystyrène). Pour cela, il se déplace d’usines en entreprises, en essuyant beaucoup de refus et en échangeant des services pour obtenir ses matériaux. Il se procure également des matériaux dans les magasins de bricolage et de bâtiment, mais aussi dans la rue.

Dans tout cela, il y a l’idée d’une société avec beaucoup de rebuts et d’objets neufs, que l’on peut reconstruire et modifier à partir de ce qu’il y a de disponible à la fois dans le présent (la matière) et dans le passé (les connaissances). Valentin Martre considère un hors-champ très large, presque métaphysique, dans plusieurs de ses oeuvres. Il rapporte souvent ses sculptures à des forces fondamentales, aux mouvements de la terre, aux champs magnétiques, à la compression et à l’expansion de la matière. C’est son rapport méditatif au monde qui le dirige vers ces réflexions. Il parle de parallèles entre ses gestes et ceux des métiers manuels comme la joaillerie, la métallurgie, le tannage, des activités millénaires qui se préoccupent de prélever et de modifier les ressources qui nous entourent.

Et si je ne me trompe pas, Valentin Martre se positionne en contre du superficiel, de l’optimisation de nos vies, et garde sa lucidité en s’adressant aux diverses urgences de notre monde. Entre les vidéos YouTube où il apprend des techniques et son morceau d’atelier où il casse des projets et se trompe sans cesse, Valentin Martre nous montre que l’on peut être maladroit tout en apportant au monde une part de sensible et d’engagement. En effet, par ces sculptures, Valentin Martre évoque les notions de cycles à la fois naturels et culturels, ainsi que ses modifications.

Diego Bustamante, extrait du texte de l’exposition Tangible is the nouveau IRL, à la Galerie de la SCEP, 21 sept. – 9 déc. 2018

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